La Rochelle combine trois économies qui coexistent rarement dans une ville de cette taille : une filière nautique de premier plan, une sous-traitance aéronautique exigeante, et un port de commerce spécialisé. Trois univers, un même problème documentaire — des spécifications techniques denses, des exigences client formalisées, et une mémoire des projets qui s'évapore d'une saison à l'autre.
Dans le nautisme en particulier, la saisonnalité aggrave le phénomène : les équipes tournent, et ce qui a été appris sur une série de bateaux se reperd partiellement chaque année.
Un chantier de plaisance rochelais, cent vingt salariés, lance une nouvelle série. Le bureau d'études reprend l'architecture d'un modèle sorti quatre ans plus tôt, en la faisant évoluer. C'est le mode de fonctionnement normal : on ne repart jamais d'une page blanche.
Le problème est que les enseignements de la série précédente sont dispersés. Les retours de garantie sont dans un fichier de suivi SAV. Les modifications décidées en cours de production figurent dans des comptes rendus de réunion. Les arbitrages sur le choix des matériaux sont dans des échanges de mails. Les non-conformités fournisseurs sont dans un autre tableur.
Résultat classique : on reproduit un défaut déjà identifié et corrigé quatre ans plus tôt, parce que la personne qui l'avait corrigé est partie et que le compte rendu où figurait la décision n'a jamais été relu.
Un assistant IA connecté à l'ensemble de ces documents — comptes rendus, suivis SAV, mails archivés, dossiers techniques — permet au bureau d'études de poser la bonne question au bon moment : « Quels problèmes récurrents ont été remontés en garantie sur le modèle précédent ? », « Pourquoi avait-on changé de fournisseur sur cet accastillage ? ». Les réponses citent leur source, donc l'ingénieur peut remonter au document complet quand l'enjeu le justifie.
Le gain n'est pas marginal : un défaut de série évité en conception coûte cent fois moins cher que le même défaut traité en garantie.
L'écosystème rochelais est bien outillé : l'université de La Rochelle, l'EIGSI et les structures d'accompagnement du pôle nautique travaillent avec les entreprises sur l'innovation et la transformation numérique. La Région Nouvelle-Aquitaine cofinance régulièrement les diagnostics.
Pour un chantier ou un sous-traitant aéronautique, le premier corpus à ouvrir est celui des retours d'expérience — comptes rendus, non-conformités, retours SAV. C'est le moins bien rangé, et c'est celui qui a le plus de valeur.